Conférence: Evolution des implantations commerciales en Province de Liège

Concernant le commerce du centre-ville de Liège, l'UCM fait le constat d'affaiblissement et de cellules vides. Un phénomène dû aux centres commerciaux périphériques qui attirent des magasins précédemment implantés au centre-ville. La faute aux politiques d'aménagement du territoire des communes.

Marc Vilet (Président UCM Province de Liège), Valérie Saretto (secrétaire générale) et Jean Jungling (Membre de l’observation du Commerce) donnent un aperçu sur l’évolution des centres commerciaux, leur présent et des idées pour le futur.

Pour comprendre la situation d’aujourd’hui, jetons un coup d’œil sur l’histoire des centres commerciaux :

Suite à la révolution industrielle, le nombre de petits commerces a augmenté. En même temps apparaissent des grands magasins à l’initiative des grandes familles comme le Grand Bazar en 1885 sur la place Saint-Lambert. Ainsi se suivent d’autres magasins tels que Delhaize Frères, Sarma et Uniprix.
Pour sauver les petits magasins, menacés par les grandes surfaces, la loi cadenas est entrée en vigueur le 13 janvier 1937. Cette loi inclut des moratoires sur l’ouverture de nouvelles implantations de réseaux de distribution. Cette loi sera prorogée à 11 reprises. Déjà à cette époque, les grands magasins avaient d’autres conditions de crédit et représentaient une véritable menace pour les petits commerces.
Par la suite, deux enquêtes (197 et 1955) ont démontré que la majorité des citoyens souhaite plus de grands magasins à rayons multiples. Ce qui a eu comme conséquence la signature d’un "gentlemen agreement" avec les grands magasins. Il s'agit d'un accord, écrit ou verbal, conclu entre plusieurs parties fait sur l’honneur des dites parties.

En 1964, il n’y avait que 15 supermarchés et en 1974, déjà 75, ce qui est une hausse importante.

Suit la loi organique du 29 mars 1962 sur l’aménagement du territoire et l'urbanisme pour encadrer quelque peu la construction de magasins. Malgré cette loi, on constate une explosion de supermarchés, hypermarchés et centres commerciaux mais en dehors des centres-villes. La périphérie présente de considérables avantages tels que des terrains plus vastes, moins chers et plus accessibles.

En 1975, la 2ème loi cadenas entre en vigueur incluant la collaboration entre les petites entreprises indépendantes et les grandes surfaces afin d’arriver à un équilibre entre toutes les formes de distribution. À ce moment-là, arrivent les magasins « boites à chaussures » comme Intermarché, Aldi ou bien Lidl.

Quand la construction du centre commercial de Belle-Île a été signée, beaucoup d’encre a coulé à ce propos et des pétitions ont été signées. Malgré cela, le centre commercial ouvre ses portes en 1995 (la Médiacité, quant à elle, ouvre en 2009).

En 2004, on signe la loi IKEA comportant des changements importants pour les implantations commerciales. Elle vise à donner plus de pouvoir aux communes et de simplifier et raccourcir les délais. Les communes ont ainsi les pleins pouvoirs pour décider de l'implantation des commerces entre 400 et 1.000m2. De nombreuses autorisations ont donc été données.

Le dernier décret sur les implantations commerciales est signé en février 2015. Il prévoit que les communes gèrent les demandes pour les surfaces entre 400 et 2.500m2. Ce qui, selon Valérie Saretto, "n’est pas utile pour les communes. Il faudrait travailler de manière supracommunale et pour les surfaces supérieures à 2.500m², il faut s’adresser à la Région wallonne".

Marc Vilet a présenté la situation actuelle et les décisions politiques. Il constate que "les grands groupes commerciaux menacent toujours les petits commerces et actuellement on observe un souci d’équilibre commercial. Lors de la création d’un centre commercial, certains commerçants, auparavant au centre-ville, déménagent vers ces espaces et laissent derrière eux un cœur de ville vide. Les petits commerçants n’ont pas forcément les moyens de suivre et il n’y a souvent plus assez de clientèles dans les centres-villes pour permettre leur survie. Les centres commerciaux périphériques attirent énormément de consommateurs, ce qui, petit à petit, obligent la fermeture des commerces de proximité. Résultat : les centres villes sont dévastés, les cellules sont vides, sans compter les faillites qui impliquent souvent des drames sociaux et familiaux". En effet, pour créer un magasin, de nombreux commerçants y mettent beaucoup d’argent personnel ou font un crédit. Donc quand ils font faillite, cela peut détruire leur existence.

L’UCM envisage de créer un équilibre entre les grands magasins et les petits. Ils ne sont donc pas contre les multinationales mais veulent trouver des solutions pour les PME (Petites et moyennes entreprises) et redonner de la vie aux centres-villes.

Il faut considérer que le consommateur est aussi un habitant, qui vit dans un quartier auparavant vivant, avec des magasins et une atmosphère agréable. Il se retrouve alors face à des cellules vides, à une ville déstructurée et cela a finalement un impact sur la sécurité dans le quartier avec le danger que des « ghettos » se créent.
Une gestion supracommunale des implantations commerciales est en effet à souhaiter puisqu’ il existe également le cas où les communes permettent la construction d'espaces commerciaux trop proche d’un autre centre commercial autorisé par la commune avoisinante (exemple avec Belle-Île pour Liège et Boncelles pour Seraing).

Une observation faite par l’UCM confirme cette tendance : "entre 2012 et 2017, La surface commerciale des nodules périphériques augmentent de façon importante." Un nodule désigne un espace d’au moins 50 commerces.
Par contre, il faut souligner que les surfaces des commerces relatifs aux achats courants (principalement alimentaires et entretien) diminuent aussi bien en périphérie qu’en milieu urbain. Ceci est dû à une saturation des surfaces commerciales dans ce domaine d’achat. Les surfaces des commerces relatifs aux achats semi-courants légers (comprenant les vêtements, chaussures, petites décorations, parfum…) augmentent en périphérie. Donc on constate un glissement des centres villes vers la périphérie de ce type de commerce.

Marc Vilet insiste également sur l'autre aspect des grandes surfaces : "les multinationales ont des facilités d'achat puisqu'elles achètent via des centrales d’achat et commandent un volume énorme. Pour eux, le critère essentiel est le prix, ce qui peut même se jouer à quelques centimes près. Et finalement c’est la qualité des produits qui souffre de ces conditions". De plus, on perd la diversité des produits. Malgré ces inconvénients, la tendance reste stable et la qualité dit tout doucement au revoir.

Jean Jungling met en avant les exemples du Central Piazza & City Mall :

À Soumagne, on voulait construire un centre commercial, le Central Piazza. Un projet contre lequel l’UCM s’est clairement opposé. La N3 présente déjà un trafic important et une implantation commerciale en rajouterait. De plus, on n’y crée pas de véritable nouvel emploi. Il s’agit uniquement de transferts : des magasins déménageront vers ces nouvelles structures et fermeront inévitablement certains magasins à proximité.
Cela crée donc une précarité d'emploi puisque l'employé qui travaille dans un magasin est donc dans un premier temps licencié pour être réengagé mais souvent dans de piètres conditions (non plus sous contrat fixe mais via intérim, avec un salaire moindre).

Dans le cas du Central Piazza, on peut considérer que les noyaux commerciaux existants (Herve-Soumagne-Fléron) seront détruits et cette nouvelle implantation commerciale n’ajoutera aucune valeur par rapport aux besoins du consommateur.

Le City Mall à Verviers est par contre un projet que l’UCM soutient.
Différentes villes telles que Liège, Huy mais aussi Verviers souffrent du nombre de cellules vides en leurs centres. Verviers était, en effet, une ville vivante avec un centre-ville agréable. Ce qui n'est plus le cas. Les solutions envisagées sont souvent éphémères. Des petits magasins ouvrent dans les lieux libres mais restent peu de temps avant de se déplacer vers une autre ville (exemple : chronostock).
Le City Mall se situera en plein cœur de Verviers avec des magasins installés dans des bâtiments déjà existants. Ce qui amènera de la création d'emploi et également de zones de parking. Ce qui rendra donc de la vie à Verviers. "De plus, on répond à une véritable demande", souligne Jean Jungling.

 

Pour l’UCM, les solutions à envisager sont :

  • Mettre en place une vision supracommunale ;
  • Coordonner les niveaux de pouvoirs: créer une hiérarchie où la demande doit d'abord être soumise au schéma régional de développement commercial avant d’être renvoyée à la commune ;
  • Réparer la casse: encourager l’occupation des cellules vides dans les centres villes ;
  • Éviter les recours systématiques au conseil d’État: il faut lutter contre le fait que des décisions prises automatiquement pour dépassement de délais ne soient trop facilement cassées par le conseil d’État en raison du défaut de motivation ;
  • Établir une fiche signalétique pour chaque projet non soumis à l’autorisation (moins de 400m2) afin de cartographier précisément l’offre commerciale existante.

(Justine Brandt, stagiaire)


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