Conférence : Présentation du livre "Des ailes pour l'éternité, L'Homme de la tempête : le Diable étranger ", Le Liégeois à la double Légion d'Honneur

Double Légion d’honneur, brillant sportif, champion cycliste, aviateur chevronné, militaire, Liégeois... Et pas un souvenir officiel dans la cité Ardente. Ainsi est l’aperçu de la vie de Charles Van den Born. Julien Moës s’attaque aux défis de reconstruire la vie de ce grand homme.

Julien Moës, ancien journaliste, vient de publier son troisième livre sur la famille de Charles Van den Born. Son intérêt pour ce Liégeois a été suscité en 1996, quand des informations relatives à Charles van den Born sont arrivées depuis Hong Kong à la Province de Liège où il travaille à ce moment-là. A partir de 2006, Julien Moës fait des recherches dans le but de reconstruire la vie impressionnante de ce Liégeois. Après un énorme investissement de temps et de déplacements pour consulter les archives de nombreuses villes de France, ce livre nous présente l’aviateur qu’il était.

Sur la photo de couverture, on voit Charles Van den Born à gauche et Victor Boin sur la droite, ancien journaliste et sportif, le premier athlète à prononcer le serment olympique aux Jeux d’Anvers de 1920.

Né le 11 juillet 1874, Charles a grandi dans le quartier de Hocheporte à Liège. Engagé, jeune, dans l’armée belge qu’il quitte peu avant ses 20 ans par manque d’attrait pour ce style de vie, il s’est donc tourné vers le sport. Il devient alors un excellent escrimeur, boxeur, nageur et cycliste et donc un des meilleurs sportifs de l’époque. De ce fait, il a remporté beaucoup de prix et a gagné beaucoup de concours. Charles Van den Born va devenir un célèbre champion cycliste sur piste, le Belge le plus titré de la première moitié du XXème siècle.

Il devient l’ami de Géo Lefèvre, un célèbre journaliste du journal "L’Auto" et plus tard de "L’Equipe" qui eut l’idée de créer le Tour de France cycliste en 1903. Une amitié fidèle a lié les deux hommes jusqu’au décès de Charles Van den Born en janvier 1958.

En 1909, Van den Born rencontre le fameux aviateur Henri Farman et apprend à voler, ce qui le fascine. Par la suite, il devient même formateur de pilotes.
Le Liégeois est un pionnier dans la construction d’avions et participe à de nombreux meetings aériens à Bordeaux, Lyon, Nice, Nantes. Il fut également le premier en décembre 1910 à voler en Extrême-Orient à Saigon (Ho-Chi-Minh-Ville) puis en 1911 à Bangkok, Hong-Kong et Canton.

De retour en Belgique, il s’installe sur l’aérodrome de Rocourt aménagé par les membres de l’aéroclub Liège-Spa. C’est à cet emplacement que se trouve actuellement le stade de foot du RFCL. Van den Born y fabrique également des avions Farman adapté par ses soins et qu’il dénomme "Wanda" (fille du gouverneur général).

Après un retour en France, principalement à Nice où il reprend la gestion de l’aérodrome, la première guerre mondiale se déclare, il revient donc dans l’armée belge, étant toujours sous-officier. Il crée d’ailleurs la première école d’aviation militaire belge avec un autre pionnier de l’aviation : Pierre de Caters. Il retrouve Victor Boin qui s’est engagé également dans l’aviation et devient le pilote de l’avion de la Reine Elisabeth de Belgique.

Après la première guerre mondiale, Van den Born s’installe en Indochine (alors territoire de l'ancien empire colonial français) près de Saigon où il participe au développement de techniques agricoles mais aussi au développement de l’aviation.

Pour son investissement personnel et son passé, La France le fait Chevalier de la Légion d’Honneur à titre étranger puisque Belge. En 1936, il prend la nationalité française.

En 1944/45, il est fait prisonnier par les Japonais. Afin de s’occuper, il travaille de ses mains et crée une plaque d’étain en forme d’assiette. Elle sera donnée par la suite à une famille liégeoise qui la possède toujours.

Ayant tout perdu, il est rapatrié en France, vivra dans un premier temps au château de Méracq, appartenant à la Société de La Légion d’Honneur puis à la Maison de Retraite des Membres de la Légion d’Honneur à St Germain en Laye vers 1946/47. Pendant ce temps, il est revenu plusieurs fois à Liège en utilisant une moto tricycle.

Grâce à l’appui de plusieurs personnalités françaises, Van den Born est à nouveau décoré de la Légion d’Honneur mais cette fois en tant que français.

Géo Lefèvre, Directeur de L’Equipe et plusieurs représentants de ce journal sont intervenus auprès des plus hautes autorités françaises pour qu’il reçoive des dommages de guerre. C’est seulement vers 1957, une année avant sa mort, qu’il est indemnisé. Il meurt le 24 janvier 1958, à 83 ans, suite à une grave opération. L’anecdote nous apprend que, pendant son séjour à l’hôpital, il fit la connaissance d’une future célébrité : Marcel Proust, tout jeune encore.

En 1996, les Britanniques doivent rétrocéder Hong-Kong à la Chine et décident de marquer l’événement, d’autant que Hong Kong avait entrepris la construction de son nouvel aéroport international. En fouillant dans les archives, ils ont trouvé des documents sur Van den Born et son premier vol à Hong Kong. Ils ont poursuivis leurs recherches sur le Liégeois et ont décidé de reconstruire son avion avec l’aide d’une société du Texas. L’avion est alors amené à Hong Kong et y effectue un vol le jour de la Fête du Roi des Belges le 15 novembre 1997. Depuis l’avion de Charles Van den Born est suspendu dans le nouvel aéroport international de Hong Kong où une plaque commémore cet évènement.

À Liège par contre, on ne voit aucune commémoration : pas de nom de rue, pas de plaque... Absolument rien ne montre l’existence de ce Liégeois exceptionnel qui mériterait pourtant d’être mis en avant.

Quant au titre du livre, Julien Moës explique ainsi : « la partie « l’homme de la tempête » provient des italiens. Il y avait un meeting aérien à Lyon mais vu l’énorme tempête qu’il y avait, personne ne voulait voler. Van den Born a pris le risque et y est arrivé. Il fut donc, par la suite surnommé ainsi. « Le diable étranger » vient du temps où il vivait en Indochine, lors de la révolution. Les avions effrayaient la population qui reliait ces apparitions au diable. »

Le livre peut être commandé auprès de l’auteur (moes.julien@gmail.com) et sera prochainement disponible dans quelques librairies de Liège ainsi qu’à Waremme.

(Justine Brandt)

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