Thierry Michel, notre troisième « invité du mois »

Les absents ont eu tort… Notre "Invité du mois" fut à nouveau plus qu'intéressant… Thierry Michel nous a parlé de ses réalisations au travers de ses voyages, de sa détermination à dénoncer les injustices dans le monde et aussi de son dernier succès : "L'Homme qui répare les femmes".

Thierry Michel, réalisateur belge formé à l'Institut des arts de diffusion à Bruxelles effectue essentiellement des documentaires politiques et sociaux. Son studio, "Les Films de la passerelle" se situe à Liège, où il travaille en collaboration avec la productrice, Christine Pireaux.

Il est venu, ce vendredi, avec quelques extraits de films marquant pour lui mais aussi avec son objet fétiche, son porte-bonheur : une lampe de mineur. Un hommage à son père. La transition est toute choisie pour présenter ses premiers films comme "Pays Noir", "Pays Rouge" et "Chronique des saisons d'acier", documentaires qu’il réalise dans une région industrielle surnommée "le pays noir". C’est également là qu’il réalise son premier long-métrage "Hiver 60" qui évoque la grève générale de l’hiver déclenchée contre le programme d'austérité du gouvernement belge entre 1960 et 1961.
Peu après, il insère une caméra dans les murs d'une prison pour son film "Hôtel Particulier", un hymne à la liberté au cœur de l'enfermement.

Après quelques années, Thierry Michel par à l’aventure vers d’autres continents. C’est au Maroc qu’il choisit de réaliser son deuxième long-métrage, une fiction : "Issue de Secours".
« Gosses de Rio » et « A Fleur de Terre » suivent, tournés au Brésil dans les années 80 et révélateurs de la vie des enfants de rue et des favelas. Il y découvre la culture noire, culture qu'il va approfondir au Zaïre avec son film plusieurs fois primé « Zaïre, le cycle du serpent ».

Il continue ses voyages et ses réalisations avec quelques retours en Belgique où il filmera, par exemple, un ministre déchu suite à un scandale ("La Grâce perdue d'Alain Van der Biest"). Le film « Les Derniers Colons » lui doit une arrestation, une saisie de son matériel et une expulsion du Zaïre.

Après avoir passé 10 ans et ayant réalisé 7 films sur l’histoire, la politique et la société de différents pays africains, il part en République Islamique où il réalise "Iran, sous le voile des apparences", portrait de cette société et de sa culture. Cette réalisation reçoit aussi de nombreuses distinctions.

Avec "L'Homme qui répare les femmes", réalisé avec la journaliste Colette Braeckman, Thierry Michel retrace le parcours du docteur Denis Mukwege, un gynécologue et militant des droits humains congolais, lauréat du Prix Sakharov 2014, qui procède à des opérations de chirurgie réparatrice sur des femmes violées, à l'hôpital de Panzi à Bukavu en République Démocratique du Congo.
Le titre du film reprend celui du livre "Docteur Mukwege : l’homme qui répare les femmes" écrit par Colette Braeckman.

Le gynécologue mène une lutte incessante pour mettre fin à ces violences et dénoncer l'impunité des criminels. Cependant, sa soif de justice ne plait pas aux autorités locales. Plusieurs fois, Denis Mukwege a reçu des menaces de mort et a même été victime de tentatives d'assassinat auxquelles il a échappé. Mais il vit aujourd'hui grâce à la protection des Casques bleus des Nations unies et reste cloîtré à Bukavu, dans l'hôpital.
Le film a, quant à lui, été provisoirement interdit de diffusion en RDC pour diverses raisons (en septembre 2015).

Thierry Michel a permis de faire connaitre davantage ce médecin et son combat. On pourrait presque dire que ce film a joué un rôle dans l'attribution du Prix Nobel de la Paix 2018 au Docteur Mukwege. Il sera d'ailleurs présent à ses côtés pour la cérémonie, le 10 décembre prochain à 13h à l'Hôtel de Ville d'Oslo.

Pourtant, c'était loin d'être évident et comme Thierry Michel l'a évoqué : "Au départ, "L'Homme qui répare les femmes" a essuyé 2 refus de financement et 2 rejets de réalisation car on disait que je n'étais pas auteur, on qualifiait mon œuvre de "trop journalistique" pour un film documentaire".

Bien entendu, il n'a pas passé sous silence, le film réalisé en région liégeoise "Les enfants du hasard", primé lui aussi et qu'il va prochainement présenter en Algérie. De ce film, il insiste pour dire : "Si le film est bon, c'est parce que le casting est bon" parlant donc de l'institutrice.

Enfin, il nous a donné la primeur de sa prochaine réalisation, via la bande annonce de "Empire of Silence" évoquant plus de 600 massacres perpétrés contre le peuple congolais et la mort de deux envoyés des Nations-Unies. Thierry Michel développe quelque peu la situation au Congo et comment les autorités tuent des centaines d'individus. Désormais interdit de visite au Congo, il souhaite tout de même savoir pourquoi, dans ce pays, la justice n'a pas agi face à ces crimes.
Il explique également que lui-même a déjà été menacé de mort et précise qu'il a toujours une "équipe de garde" pour aller filmer là-bas. Lorsqu'on lui demande s'il n'a pas peur, il répond "Non et d'ailleurs, cela fait peur à mes équipes…".

 

(Michelle Leponce et CFL)

Thierry Michel à la MPCL


Source : MPCL

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