Article: 7 milliards de photo-journalistes?

Didier Moreau, administrateur de la MPCL, explique qu'il y a 243.000 photos qui sont partagées sur Facebook, chaque minute. Avec Nicolas Jimenez, Johanna de Tessières et Florent Marot, il a animé le débat sur la place du photojournalisme à l'ère des smartphones.

Nicolas Jimenez

Nicolas Jimenez est directeur de la photographie pour le journal Le Monde. Selon lui, un directeur photo est comme un chef d'orchestre, il ne joue pas d'un instrument mais il s'occupe de l'organisation. "Je suis un très mauvais photographe", nous explique-t-il, "cependant, le travail du directeur de la photographie n'est pas de prendre des photos mais de les choisir avec l'aide du rédacteur en chef et d'organiser la mise en page". Le journal collabore avec des photographes indépendants. C'est donc au rédacteur en chef et au directeur de la photographie de se mettre d'accord sur le cliché à retenir et suite à ça, de contacter le photographe choisi. Chaque année, il faut penser et repenser la façon dont on investit. Le directeur de la photographie nous explique qu'auparavant, Le Monde n'avait pas d'image et au début, les directeurs n'étaient pas certains de vouloir garder les photos. Avec un budget service de 2.4 millions d'euros par an, Nicolas Jimenez justifie: "La photo dans un journal, ça coûte cher et ce n'est pas rentable mais c'est important pour l'image du journal. Et l'image du journal est ce qu'il y a de plus précieux."
Lorsqu'on lui demande, en abordant la destruction du panneau publicitaire géant installé devant la gare des Guillemins et brûlé au lendemain de son placement, le choix qu'il aurait opéré entre une photo du panneau brulé, prise par un photographe et celle d'un amateur, publiée sur facebook, montrant le panneau en train de brûler, il répond qu'il n'aurait pas publié la photo de la publicité enflammée car "on n'a pas beaucoup d'informations sur cette image, on ne sait pas d'où elle vient, de qui elle est… de plus, tout le monde l'a déjà vue étant donnée qu'elle a fait le tour des réseaux sociaux."

Johanna de Tessières est une photographe primée, réalisatrice du projet "What The Foot", reprenant des photos de femmes dans le monde qui s'adonnent au football. Elle dit de sa profession: "Je me sens comme une porteuse d'histoire. On me confie une histoire et je dois la reproduire le plus fidèlement possible". Néanmoins, elle a besoin d'un texte de base pour relater son histoire. Elle a écrit "Chrétiens d'Orient, Mon amour", résultat de son premier travail sur les chrétiens d'Orient, c'était en Irak et le CSCO (Comité de soutien aux Chrétiens d'Orient en Belgique) l'a contactée pour utiliser ses photos et lui proposer de continuer son ouvrage. Elle a renouvelé l'expérience pour la Palestine, l'Irak, l'Egypte, la Syrie et le Liban. "Avec la crise, ce n'est plus la presse qui paie les voyages pour faire des photos", explique-t-elle à propos de la difficulté de se procurer des fonds pour réaliser un travail de qualité,"il faut faire des choix sur ce qu'on veut transmettre: de la qualité, une certaine quantité, quel budget, de l'émotion…"
Pour le projet, "What The Foot", elle souhaitait dévoiler le sexisme dans le monde et l'inégalité des hommes et des femmes dans le sport. Elle a choisi le foot car c'est le sport le plus populaire et donc celui dans lequel on retrouve le plus de clichés et où les femmes subissent nombre de remarques. Elle utilisait l'excuse du foot pour pouvoir dénoncer le sexisme dans le monde et partir à la rencontre de ces femmes.
Elle explique qu'il n'y a pas de formation pour devenir éditeur, on apprend sur le tas comme certains photographes. Certains font des études de photographie mais d'autres ont ce talent inné de saisir une émotion et de dégainer l'appareil au moment opportun.

Florent Marot, photojournaliste pour L'Avenir, pense que quel que soit l'outil, on reste dans un traitement de l'information: "Notre rôle à nous, photographes de presse, c'est d'informer, de mettre en relief l'information et pas juste partager une image". C'est de cette façon qu'il différencie un photographe de presse d'un photographe lambda. Il poursuit: "On peut tous avoir un smartphone mais à l'heure actuelle, il ne faut pas juste avoir une belle photo, il faut qu'elle soit de qualité et qu'elle raconte quelque chose", répond-t-il lorsqu'on lui demande ce qui différencie un photojournaliste du commun des mortels possesseurs d'un smartphone. Il cite: "L'image part d'un commun accord avec le journaliste, ce ne sont pas des illustrateurs ou des faire-valoir, les deux racontent une histoire ensemble".

Une soirée-débat qui a suscité l'intérêt du public, photographe ou non et qui a été félicitée par Martine Simonis, secrétaire générale de l'AJP (Association des journalistes professionnels): "Je me réjouis de cette soirée qui met en avant un métier de plus en plus difficile. Il faudrait plus souvent faire des débats sur le devenir de ces métiers. Les photographes de presse sont de moins en moins nombreux parmi nos affiliés"

Michelle Leponce.


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