Discours du président de la MPCL lors de la soirée des voeux du 17 janvier 2019

La Maison de la Presse et de la Communication de Liège :
un contre-pied au « tout numérique »


Vidéo : Dvs Anthon Bernabeo

Quand j'ai débuté ma carrière de journaliste, c'était il y a bientôt 35 ans !, je ne m'en rendais pas compte à l'époque, mais tout était extrêmement simple.

On se levait le matin. On écoutait les bulletins radio au petit-déjeuner, c'était déjà Liège-Matin à l'époque. Arrivé à la rédaction, on lisait la concurrence puis, on partait à la collecte des informations. On se rendait sur place, on interviewait de vrais gens, on donnait quelques coups de fil et souvent, cette collecte s'arrêtait à 17 heures, heure de fermeture des bureaux, car le GSM n'existait pas à l'époque et on ne possédait pas les numéros fixes de nos informateurs. On rédigeait nos articles, on regardait les JT à la TV et on rentrait chez soi. Et le lendemain, on recommençait.

Aujourd'hui, le métier de journaliste a totalement changé. Dès le lever, on allume son GSM, on vérifie d'abord ses mails, ses messages Facebook, ses notifications et on est parti pour des heures de scanning, de scroll comme on dit maintenant, d'informations sur les sites internet et les réseaux sociaux. Avec à peu près une seconde par post, on va ainsi passer en revue des centaines, voire des milliers d'informations pour la plupart inintéressantes et insipides, de façon à ne pas manquer celles, les rares, sur lesquelles on pourrait effectivement rebondir. 
Celles-là, on les vérifie vite, on les rédige et on les envoie directement sur le net afin d'être les premiers à obtenir les fameux clics. Car c'est celui qui aura le plus de clics pour un sujet donné qui sera le mieux référencé sur Google, qui sera partagé sur les réseaux sociaux et qui l'emportera sur la concurrence.
Il est devenu un véritable geek. Et je caricature à peine...

Parce qu'au début de ce nouveau millénaire a débarqué un quatrième larron sur le terrain de jeu des médias traditionnels. Et il a provoqué un chamboulement complet des habitudes. Depuis son arrivée, les gens n'ont plus d'yeux que pour lui. Rivés sur leur écran d'ordinateur ou leur GSM, ils délaissent la lecture des journaux, ils écoutent moins la radio et ne se retrouvent plus devant le sacro-saint JT du soir. Et oui, même la télévision souffre, celle qu'on croyait inattaquable tant elle avait pris des parts de marché au cours des 50 dernières années. Certaines études prédisent même que cette année 2019 sera celle du basculement, celle où les gens passeront plus de temps sur leurs écrans personnels que devant leur télévision.

Et les médias traditionnels souffrent énormément de cette concurrence. Car si les gens ont effectivement une plus grande soif de s'informer, ils veulent le faire gratuitement. Ils estiment avoir déjà assez payés pour pouvoir surfer, en achetant leur Iphone et en s'abonnant à un opérateur internet et qu'on les laisse maintenant en profiter. Sauf que contenant et contenu, ce n'est pas pareil. S'ils payent bien Apple ou Samsung, Proximus ou Voo, ils ne payent pas pour les producteurs de contenus que sont les acteurs, les chanteurs ou les journalistes.

Et tous les producteurs de contenus, comme les entreprises de presse, souffrent. Tirages en baisse, campagnes publicitaires en chute libre, les médias traditionnels doivent sans arrêt se regrouper, se restructurer, et bien sûr licencier.
A cet égard, l'année qui vient de s'achever a encore été particulièrement cruelle en Belgique francophone pour notre métier puisqu'en mars dernier, c'était 88 journalistes qui étaient remerciés à RTL. Et pas plus tard qu'il y a un mois, c'étaient 49 autres qui prenaient la porte au groupe L'Avenir.

Quant à ceux qui restent, on leur demande de produire encore plus, toujours plus, mais en étant toujours moins. Et pourtant, oserais-je dire, ce n'est vraiment pas le moment ! A l'heure où les populismes resurgissent un peu partout en Europe et dans le Monde. A l'heure où l'émotion prend sans cesse le pas sur la raison, à l'heure où rumeur fait plus rapidement le tour du net qu'une information vérifiée et raisonnée, à l’heure où une fake news peut parvenir à faire élire un président des Etats-Unis où à faire sortir la Grande-Bretagne de l’Europe, nos sociétés ont un besoin énorme, comme de pain, de pouvoir se raccrocher à des médias ou à des sites d'informations crédibles.

« J'ai fait un rêve » comme disait l'autre. Un rêve où tout le monde allait accepter de payer, un peu, pour pouvoir s'informer et offrir ainsi à notre métier les moyens de l'exercer correctement. Malheureusement, on n'y est pas encore. De nombreux médias ont déjà disparu, d'autres tiennent encore le coup, mais pour combien de temps encore ? Et si jamais un jour, mon rêve se transforme en cauchemar et qu'ils doivent tous disparaître, tout le monde sera alors journaliste. Et ce sera alors le règne du tout et du n'importe quoi.

Je crois sincèrement qu'aujourd'hui, plus que jamais, le journalisme et la communication sont devenus de véritables enjeux pour nos démocraties.

Et la Maison de la Presse et de la Communication dans tout cela ? Et bien justement, elle est là pour prendre le contre-pied de ce tout au numérique. C'est un lieu physique où les professionnels de la communication peuvent encore rencontrer de vrais gens pour y échanger des idées. Et plus par écrans interposés où bien souvent on ne lit que des sentences à l'emporte-pièces.

Et comme pour effectuer un pied-de-nez à tout ce qui vient d'être dit, sachez qu'en 2018 les activités de notre maison ont fait un bond de 13% par rapport à l'année précédente. Elles ont atteint le chiffre de 198, soit une activité par jour, si on excepte les week-ends et les congé d'été.

Sachez par exemple que les conférences de presse que l'on disait moribondes ont fait un bond de 22%. Sachez que nous avons organisé des activités à thèmes, aussi diverses et variées qu'une soirée Strip-Tease avec le célèbre André François, une soirée « Noms de Dieux » avec le non moins célèbre Edmond Blatchen. Un débat sur l'avenir de la presse photographique avec notamment le directeur photo du journal Le Monde. Que les anciens du journal La Wallonie et Le Matin se sont souvenus des 20 ans en mars dernier de la disparition de leur quotidien.

Nous avons aussi accueilli ici pour notre « Invité du Mois », l'activité qui a remplacé notre ancien « Pot du Mois », des personnes aussi intéressantes que Thierry Michel, le réalisateur qui n'est pas pour rien dans le choix du dernier Prix Noble de la Paix, Julien Compère qui nous a parlé de l'avenir hospitalier de la région liégeoise, ou encore François Fornieri, le premier Liégeois à avoir atteint le stade de la Licorne à la bourse de Bruxelles, à savoir une valorisation boursière d'un milliard d'euros avec la trouvaille du CHU de Liège qu'il a réussi à commercialiser.

Mais nous avons aussi prêté nos locaux pour des réunions d'étudiants, d'écologistes, de commerçants, de services-clubs. Bref des gens de tous horizons et qui sont tous les bienvenus ici dans notre Maison de la Presse et de la Communication.

On l'aura compris, l'année qui s'achève aura été riche en événements. Et nous avons même aussi trouver le temps de réaliser récemment un chantier d'envergure, à notre échelle évidemment, puisqu'il s'agit d'une toute nouvelle cuisine. La précédente existait depuis des temps immémoriaux, elle a convenu durant 40 ans à l'ancien couple de gestionnaires, André et Marcie. Mais elle avait franchement besoin d'un sérieux relifting. Elle a été inaugurée officiellement, avec un coupé de ruban, en fin d'après-midi. Mais je vous invite tous à y jeter un oeil tout à l'heure.

Alors tout cela n'a été rendu possible que grâce à la mobilisation d'une quinzaine d'administrateurs, tous bénévoles je le précise, des journalistes et des communicants, qui n'ont pas compté leurs heures pour organiser et réaliser toutes ces activités. Grâce à Clarisse aussi, la gérante et cheville ouvrière de ce lieu. Mais aussi grâce à la Ville de Liège qui nous a mis Clarisse à disposition. Et grâce à la Province de Liège aussi qui nous finance une femme d'ouvrages pour remettre tous les matins les lieux en état et qui nous a prêté le chapiteau qui est dans la cour.

Mais bon assez parler maintenant et profitez désormais de cette sympathique soirée de voeux. Que l'année 2019 soit pour vous excellente. Bonne soirée à tous.

Luc Gochel



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