Article: L'orthographe fout le camp ?/!

"L'orthographe fout le camp ?/!", est-ce une interrogation ou une exclamation ?
C'est ce que Séverine Mélot, Marielle Maréchal, Frédéric Saenen et Jean-Marie Klinkenberg ont tenté de déterminer lors de notre soirée-débat du 5 mars 2020.

Avant d'entrer dans le vif du sujet, notre administrateur, Didier Moreau, a posé cette question à nos invités : "D'après vous, 'l'orthographe fout le camp' doit il se terminer plutôt avec un point d'interrogation ou d'exclamation ?". Voici ce qu'ils en disent :

Séverine Mélot : "Je dirais à la fois point d'exclamation et point d'interrogation car depuis que j'enseigne, il y a eu évidemment une baisse du niveau en terme de langue et je ne parle pas qu'au niveau de l'orthographe. D'une autre manière, non, parce que je pense que l'approche des étudiants et les outils, les stratégies d'écriture sont différentes aujourd'hui".

Frédéric Saenen : "Plutôt un point d'interrogation dans la mesure où le public avec lequel je travaille, donc les étudiants étrangers qui apprennent la langue française, sont face à un questionnement par rapport aux difficultés de l'orthographe française et à sa norme et donc moi-même, je me pose la question de savoir si véritablement il y a une baisse de niveau et où elle se situe parce que les exigences de l'université ou de l'enseignement supérieur sont toujours là pour garantir un regard vers le haut dans l'exigence de qualité de la langue. Maintenant, avec les outils de communication tels que téléphones portables, mail et autres, la liberté est offerte à tous d'utiliser des abréviations personnelles ou une orthographe fantaisiste et c'est là qu'il y a une dérégulation complète de la langue."

Marielle Maréchal : "Plutôt un point d'interrogation aussi. Je rejoins mon collègue Frédéric Saenen, je me pose vraiment la question, non parce que je travaille aussi avec des allophones, je pense que les habitudes scripturales ont fortement évolué avec les nouvelles technologies et je pense aussi que chacun s'approprie les difficultés orthographiques du français et les simplifie un peu à sa manière."

Jean Marie Klinkenberg : "Ni l'un ni l'autre. Un typographe, au 19e siècle a inventé le point d'ironie… Je serais plutôt pour un point d'ironie, un point d'ironie triste parce que l'orthographe fout le camp, on le dit tout le temps depuis que l'orthographe est une matière scolaire, c'est-à-dire depuis le début du 19e siècle."
Il a ensuite cité quelques références de "crises du français" et détaillé différentes critiques faites à la dégradation de l'orthographe au cours du temps et ce dès la fin du 18e siècle voire même depuis Socrate !
"Or", dit-il, "les études menées à la fin du 19e siècle semblent indiquer que le niveau orthographique des élèves arrivés en fin de primaire est resté le même. Donc point d'ironie triste… et comme si je ne considérais pas comme mon devoir citoyen de participer à ce genre de débat j'opterais pour un point de lassitude…"

Ensuite, le test EFES (Evaluation du Français de l'Enseignement Supérieur) a été abordé de façon très ludique. Pour l'introduire, quoi de mieux qu'un aperçu du test en lui-même. Il s'agit d'un QCM qui porte sur le vocabulaire, la syntaxe, l'orthographe et la compréhension.

Initié par le recteur Arthur Bodson en 1995, il existe, dans sa version actuelle, depuis 2006. Cela fait 20 ans qu'il est utilisé à l'université de Liège et une dizaine d'années dans les Hautes Ecole de Liège. Il n'a jamais vraiment eu de caractère obligatoire si ce n'est dans certaines facultés comme les HEC ou la faculté d'architecture.

Son but est de permettre aux étudiants d'auto-évaluer leur niveau de maîtrise du français et de déceler leurs lacunes pour que, par après, ils puissent y remédier par eux-mêmes. À la suite de ce test, les étudiants reçoivent un feedback détaillé via le service Smart de l'université de Liège qui analyse les résultats.

En 2015, 822 étudiants de première année ont passé ce test. Ils étaient 449 en 2019.

De manière générale, on constate une baisse de niveau entre 2015 et 2019 puisque la moyenne pour ces étudiants passe de 10,6/20 à 8,1.
Par ailleurs, les étudiants inscrits en agrégation font de meilleurs résultats (moyenne de 13,7/20 en 2015) avec tout de même une légère baisse de niveau constatée en 2019, soit 12,9/20.

Pour détailler les résultats au niveau de l'orthographe, on constate une amélioration des étudiants en agrégation entre 2015 et 2019 qui passent de 12,9/20 à 13,4. Alors que les autres étudiants non seulement n'obtiennent pas la moitié mais régressent (de 9,3/20 à 7/20).
Enfin, concernant le vocabulaire, la syntaxe et la compréhension, le constat est aussi négatif puisque les résultats de 2019 régressent par rapport à 2015 et les cotations ne dépassent même pas la moitié.

Un autre point important de ce débat a été le contexte orthographique abordé cette fois via une vidéo explicative qui résume parfaitement ce qui a été dit. Elle est disponible en cliquant SUR CE LIEN

L'orthographe inclusive était aussi de la partie en fin de débat, elle portait surtout sur les normes de simplification de l'orthographe : "jusqu'à quel point peut-on la simplifier ?" Mais également sur l'utilisation du correcteur orthographique.

 

Doris Löfgen

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